Roman policier généalogique

Ecrire un roman policier généalogique en 9 étapes

Revenant tout juste de THE Genealogy Show 2019, j’ai décidé de rédiger quelques articles détaillés pour rendre compte des sujets qui m’ont intéressée et surprise là-bas, notamment l’écriture d’un roman policier généalogique et les tests ADN ! Pour vous re-situer le contexte : les 7 et 8 juin derniers, des généalogistes de toute l’Europe se sont rassemblés pour la toute première fois à Birmingham en Angleterre pour un grand salon de généalogie : THE Genealogy Show (voir mon précédent article). Au total quarante-huit conférences, une soixantaine d’exposants et plus d’un millier de visiteurs !

Parmi les conférences, j’attendais beaucoup de celle de Nathan Dylan Goodwin sur l’écriture d’un roman policier généalogique. Nathan Dylan Goodwin (alias @NathanDGoodwin sur Twitter) est en effet un écrivain anglais qui a écrit plusieurs romans policiers sur fond de recherches généalogiques (voir la liste de livres à la fin de mon article).

Nathan Dylan Goodwin à THE Genealogy Show 2019
Nathan Dylan Goodwin à THE Genealogy Show 2019

Quand j’ai vu le thème de sa conférence pendant le salon, j’ai tout de suite eu envie d’en savoir plus sur sa manière de composer ses romans. L’objectif de sa conférence était donc de nous exposer sa méthodologie d’écriture et je vous en fais le résumé ici.

A noter que Nathan a écrit deux livres plutôt axés sur l »histoire de sa famille avant de publier en 2013 son premier roman policier généalogique, Hiding the Past (qui signifie « Cacher le Passé »). Ce roman est le premier d’une série « The Forensic Genealogist » qui suit le généalogiste professionnel Morton Farrier au cours d’enquêtes déclenchées par les missions de ses clients. Je suis en train de lire le premier de la série, Hiding the Past, et je dois dire que c’est plutôt bien écrit, même si j’anticipe parfois certains événements.

Voici donc quelques conseils de Nathan pour écrire votre propre roman policier généalogique ! (conseils que j’ai légèrement étoffés avec des exemples et idées personnelles)

Etape 1 : Trouvez l’inspiration pour une nouvelle histoire – Cela peut être dans les faits divers des journaux, à partir d’articles relatant des mystères réels. Soyez à l’affût de ces articles et notez-les. Mon petit conseil en plus serait de chercher aussi sur Gallica des mystères dans les journaux anciens, qui sait ce que l’on peut trouver avec les mots clés « mystère » « naissance » !

Etape 2 – Brainstormez sur l’intrigue – A partir de vos inspirations, couchez toutes vos idées pour imaginer une intrigue sur une feuille de papier, en vrac. Personnellement, j’utiliserais des post-its et travaillerais par cycles courts : 10 minutes pour écrire toutes les idées qui me passent par la tête et ensuite 10 minutes pour les relire et les classer, et puis recommencer en rebondissant sur mes premières idées.

Etape 3 – Formalisez l’intrigue dans un document Word, en utilisant une liste à puce pour lister chaque grande idée et la détailler. Le premier document que Nathan produit fait une page et au fur et à mesure de son processus de réflexion et de recherche, il va l’étoffer.

C’est l’heure de passer aux recherches !

Etape 4 – Effectuez des recherches historiques par rapport à votre intrigue – Cette étape a deux objectifs : cela donne encore plus d’inspiration (pour compléter le document où vous avez commencé à formaliser votre intrigue) et cela vous permet de rassembler de vrais détails historiques pour étoffer votre livre. Au delà de l’aspect historique, Nathan travaille aussi sur des détails que j’appellerai « sociologiques » comme le langage, le dialecte local que peuvent parler certains de ses personnages et qui rendent son écriture plus réaliste.

Et la généalogie dans tout cela ? On y vient !

Etape 5 – Effectuez vos recherches généalogiques – Nathan décortique le processus généalogique par lequel va passer son personnage principal, le généalogiste, pour trouver des indices. Sachant que nombre de ses lecteurs font de la généalogie, il ne doit pas raconter d’invraisemblance, comme dire qu’il a trouvé des informations en ligne alors que les archives n’y sont pas. Par exemple (et j’ai bien aimé cette anecdote) il nous a raconté comment un jour il s’est rendu aux archives pour demander un certificat de décès de l’année 1966. L’archiviste lui a demandé pour quelle personne et il a répondu : « Peu importe, j’ai juste besoin d’un certificat de décès de l’année 1966 ». L’archiviste décontenancée lui a donné ce qu’il demandait sans comprendre que le certificat importait peu. Juste le processus de l’obtenir comptait pour Nathan !

Pour Nathan, cette phase de recherches (historiques et généalogiques) dure environ 3 mois.

Etape 6 – Développez votre intrigue !!
Toujours sur votre document Word, développez vos bullet points et continuez à construire votre document pour faire ressortir un plan. Nathan distingue trois éléments : la narration du passé qui s’appuie sur des événements dans le passé de ses personnages (il nous a dit que généralement dans chaque livre qu’il écrit, il y a 50% de narration passée), la narration du présent qui s’appuie sur l’enquête du généalogiste (le héros) pour comprendre le passé, et l’intrigue sous-jacente sur la vie du héros (qui lui aussi à plusieurs zones d’ombres dans son passé). Le point le plus dur à écrire pour lui se trouve quand le présent rejoint le passé.
Et je vois en effet cet enchaînement dans ma lecture de son premier livre : un alternance entre un chapitre dans le passé et un ou plusieurs chapitres dans le présent.

Etape 7 – Ecrivez ! – Ça y est vous êtes prêts à démarrer l’écriture de votre roman. Nathan écrit son roman bien dans l’ordre : il commence par le prologue puis attaque le premier chapitre, le deuxième et ainsi de suite. Tous les romanciers ne font pas comme ça, certains butinent d’un chapitre à l’autre.
De plus, Nathan donne une date précise à chacun de ses livres. Cela donne des repères au lecteur. Il écrit ainsi en moyenne entre 1000 et 2000 mots par jour.

Mais au fait, cela fait combien de mots un roman ? On compte en moyenne 250 mots par page, donc pour un roman de 200 à 300 pages, cela fait entre 50 000 et 75 000 mots.

Etape 8 – Faites une relecture – Pour cette étape, il vaut mieux faire appel à des relecteurs extérieurs.

Etape 9 – Publiez ! – Pour sa part, Nathan publie ses livres en auto-édition sur Amazon et il fait donc aussi le design de sa couverture. Il publie en livre papier et au format Kindle. Je n’ai pas noté sur le coup comment il faisait exactement, mais en rédigeant cet article, j’ai trouvé la plateforme Kindle Direct Publishing par laquelle il doit sûrement passer. Il nous a dit que c’était vraiment très simple et qu’il garde le contrôle sur son livre, du design aux délais !

Voilà donc ce que j’ai retenu de l’intervention de Nathan Dylan Goodwin sur l’écriture d’un roman policier généalogique. Je me suis empressée d’aller acheter son premier livre juste après et j’ai eu le plaisir d’avoir une dédicace de l’auteur !

Hiding the Past Goodwin
J’en ai profité pour commencer Hiding the Past dans le train du retour !

Pour terminer, voici une liste de romans généalogiques de Nathan Dylan Goodwin mais aussi d’autres auteurs que l’on m’a conseillés (merci Alex et Brigitte !) :

Nathan Dylan Goodwin – Hiding the Past (en anglais) – le premier de sa série « The Forensic Genealogist » avec pour héros Morton Farrier qui enquête sur la mystérieuse famille Coldrick.
Nathan Dylan Goodwin – The Lost Ancestor (en anglais) – une seconde aventure du généalogiste Morton Farrier
Nathan Dylan Goodwin – The Orange Lilies (en anglais) – une troisième enquête de Morton Farrier et ce n’est pas la dernière, il y en a d’autres après que je n’ai pas mises ici !
Steve Robinson – La Voix du Sang – là encore un héros généalogiste, Jefferson Tayte, enquête sur les ancêtres de ses clients, disparus en Angleterre il y a 200 ans. C’est également le premier tome d’une série qui suit les enquêtes de Jefferson Tayte.
Dan Waddell – Code 1879 : les enquêtes du généalogiste – cette fois-ci on suit le généalogiste Nigel Barnes appelé par des policiers pour comprendre de mystérieux meurtres lors desquels le meurtrier grave sur ses victimes un code qui ressemble à une référence d’arbre généalogique…
Daniel Mendelsohn – Les Disparus – Un livre différent des précédents, plus intense je pense car dans le contexte de la Shoah. Voici la présentation par l’éditeur : « Enfant déjà, Daniel Mendelsohn savait que son grand-oncle Shmiel, sa femme et leurs quatre filles avaient été tués dans l’est de la Pologne en 1941. Plus tard, il découvre des lettres désespérées de Shmiel à son frère, installé en Amérique. Des lettres pressant sa famille de les aider, des lettres demeurées sans réponse… Parce qu’il a voulu donner un visage à ces six disparus, Daniel Mendelsohn est parti sur leurs traces. Cette quête, il en a fait un puzzle vertigineux, un roman policier haletant, une plongée dans l’histoire et l’oubli. »

Avez-vous déjà lu ces livres ? En avez-vous vous d’autres à proposer ? Je suis toute ouïe 🙂

12 Comment

  1. Quelle bonne idée de partager, et d’enrichir, cette passionnante conférence qui donne envie de lire et même d’écrire !
    Les Disparus de Daniel Mendelsohn est un livre magistral, un modèle d’enquête que l’auteur a vécue.

  2. Bravo Marine, tu as parfaitement restitué les conseils de Nathan. Et c’est vrai que son processus d’écriture est cohérent et donne envie d’essayer. Pour la publication via la plateforme Amazon, une de mes amies y publie maintenant ses romans, ça n’a pas l’air très compliqué et oui on garde la main sur tout le processus. Et puis on évite de se battre avec des éditeurs.

  3. Marine,
    Comme promis je suis allé faire un tour sur ton blog. Félicitations pour ce travail colossal à la fois de recherches généalogiques et de retranscription dans ton blog. C’est super que tu aies décidé de transmettre tout ça à d’autres passionnés au travers d’un blog.
    Bonne chance pour la suite et longue vie à ta passion !
    David

  4. Je les ai tous lu, c’est grave Docteur? ;)))

    (pour le dernier, c’est plus le récit d’une quete historique personnelle de l’auteur qu’une fiction. c’est le plus remuant émotionnellement vu le theme, je le relis au moins une fois par an, il est tres inspirant) , sinon dans les fictions, je prefere l’écriture de Nathan qui connait bien le monde des genealogistes.

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